Voyage du pays où le golf n'existait pas...
... jusqu'au club Coulondres.

Episode premier (espèce de prologue)

Je suis né dans un monde où le golf n'existait pas.
Pas plus que les Martiens ou les Aston Martin par exemple.
Les gamins de mon âge connaissaient bien ces mots, pourtant, le rêve et les images qui marchent avec. Juste assez pour s'essayer parfois à envoyer dinguer des châtaines ou des glands à grands coups de bâton sous les applaudissement des arbres.
C'était à peu près tout.
Et, à des centaines de kilomètres à la ronde, il n'y avait pas l'ombre du moindre de golf ; pas plus que de Martiens ou d'Aston Martin en maraude dans ce coin merveilleux du Rouergue.

Pour de vrai, aucun d'entre nous n'en avait jamais vu. Ni même quelqu'un qui aurait rencontré un jour quelqu'un qui en aurait vu, de loin, par une nuit sans lune.

Ainsi, j'ai attendu la fin de la quarantaine pour que le golf s'invite dans ma vie, et y prenne ses aises.

Pour me mettre en confiance, il avait sournoisement emprunté pour l'occasion les traits de mon vieux copain JJ, qui m'a tanné le cuir des mois durant pour que je partage avec lui une ces lubies qui l'attrapent de temps en temps.

Cette fois, ce n'était ni les extraterrestres, ni les vielles anglaises (avec lui, il faut s'attendre à tout), mais seulement le golf. Et même le "street golf" en l'occurrence. Il entreprit durant ces mois de m'inonder de liens Internet, d'articles de presse, de reportages de pacotille présentant cette activité baroque sous le meilleur jour possible.

A demi noyé sous le flot, je finis par lui promettre, pour survivre, de l'accompagner un jour prochain dans une de ses improbables escapades.
Avec cette promesse, je pensais souffler un peu.

Mais la minute suivante, il était devant ma porte, avec un fer 9 de gaucher dans la main droite, pour lui, et un fer 7 de droitier dans la main gauche, pour moi. Et il m'enjoint de le suivre séance tenante au bois de Montmaur.
Armé comme il l'était, je n'avais pas le choix.

Le ridicule ne m'effraie guère : j'acceptais de bonne grâce, et avec une jubilation qui me prit par surprise, de commencer à viser les cohortes de joggeurs qui sillonnaient les allées du bois.
Non pas que j'eus des envies de meurtre, non – au contraire –, mais j'ai tout de suite compris que c'était le meilleur moyen de ne jamais les atteindre.
Fichue balle blanche....

Et là, en une paire d'heures de swings de bûcheron, de massacre de clubs sur la caillasse et la perte de plusieurs kilos de balles, je contractais le virus.
Il s'installa immédiatement dans mon esprit et dans mon corps comme chez lui. Et commença ses ravages. Durables.

Le lendemain, je filais acheter un fer 7 et des balles.

C'est ainsi que sans le savoir, j'avais mis un pied sur ce chemin chaotique qui me mènerait, en quelques mois de voyage insolite, du pays où le golf n'existait pas... jusqu'au club de Coulondres.
(à suivre)
(à suivre)
L.B. (Lilo Bogey)